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Nous passerons par la vie

En attendant la troisième livraison

C’est peu de dire que les élections ne nous intéressent pas. Mais la période est curieuse. Quand l’instabilité le partage à l’incertitude, le feuilleton électoral nous laisse entre rire narquois et sidération. Aussi mauvaise soit la fable, aussi saugrenu son scénario, cette élection est réellement en train de se passer. Nos dernières tentatives ont, tant bien que mal, pris formes dans cet espace étrange. De mouvement à communauté de lutte il y a une béance que nous travaillons à combler. Mais un abîme nous sépare encore d’un réel camp révolutionnaire. Son émergence devient pourtant urgente.
Sur le pas de la porte il nous apparaît nécessaire de travailler à notre conséquence. Comme certains, nous pensons que les actes politiques ne sont pas ceux qui revendiquent un changement, mais ceux qui sont concrètement ce changement, ceux qui, de fait, défont l’existant. LÀ-DESSUS IL NOUS FAUT CONSTRUIRE CHACUNE DE NOS TENTATIVES : QUE NOS MANIÈRES DE LUTTER SOIENT EN ELLES-MÊME DES MOYENS D’ACCROÎTRE NOS CAPACITÉS DE SORTIE DES RAPPORTS MARCHANDS, DES MOYENS DE CONSTRUCTION DE NOS COMMUNES.

Quoi qu’on dise de l’opportunité électorale, la seule posture politique qui tienne est l’affirmation en acte d’une autre manière d’exister. Et à ce propos, manifester paisiblement, participer à l’émeute, écrire un texte ou organiser une réunion d’information ne suffisent plus pour trouver les moyens concrets de ne pas sombrer dans l’indigence matérielle et existentielle. Que l’on travaille ou que l’on s’y refuse, que l’on milite dans la rue ou non, l’amélioration de nos vies passe d’abord par la décision de reprendre la main sur ce que l’on peut toucher. Pourquoi attendre qu’une institution quelconque nous autorise à avoir prise sur nos existences ?

« Perruque » et Absence.
La perruque c’est l’utilisation des outils de notre emploi et pendant notre temps de travail, à notre bénéfice personnel. Où comment reprendre un peu la main sur le travail en réemployant notre temps et notre force pour faire grandir nos capacités. Hommage à celles qui photocopient en douce tracts, articles, affichettes et autres romans pirates sur les machines de leur boîte ! Hommage à ceux qui se servent des services de poste de leur boulot pour diffuser brochures et caisses de soutien ! Hommage à celles qui, pendant la journée de travail, utilisent les outils de l’atelier pour faire le mobilier du nouveau lieu d’organisation ! Hommage à ceux qui récupèrent les invendus des commerces où ils triment pour les redistribuer à leurs potes précaires ou aux camarades dans le besoin.
Absence, grève latente, soustraction momentanée à la dépossession de notre temps. Se mettre en arrêt maladie pour partir en vacance un jour ou deux de plus. Ne pas venir au boulot pour se payer une tranche de marrade avec les gosses. Partir plus tôt pour préparer avec les copains l’action du lendemain. Faire durer la pause café pour se montrer le fruit de nos bricoles respectives, en parler, se les offrir, se chauffer pour les suivantes.
Et la chaparde, et la récup’, et l’occupation de logements inoccupés, de terres à l’abandon. Là, encore, sont les matières à extraire du marché, là encore, de quoi construire nos existences.

LA CONJONCTURE EST DÉSASTREUSE, C’EST LE MOMENT D’AGIR.
C’est une situation de paupérisation rapide et forcée qui a amené de nombreux Grecs à penser l’auto-organisation de centres de soins, l’appropriation collective de terres ou la prise en charge directe de l’accueil des réfugiés. L’institution y est un intermédiaire de trop, un frein à la mise en place d’espaces de solidarité effective. Ce ne sont pas les espagnols ni les catalanes qui diront autrement. Ici, aucun candidat à la présidentielle ne peut prétendre honnêtement enrayer ces mêmes processus d’appauvrissements forcés. Il n’y a donc aucune raison d’attendre davantage pour développer nos propres structures. Et voilà que la démarche est double : d’un côté, arracher au capital ce qui peut l’être, pierre par pierre, ou par pans entiers quand cela est possible, de l’autre, construire ce qui nous permet de faire exister des formes de vie libérées. Et il est bien question de construire car chacun de ces gestes d’extraction, chacun de ces actes qui annulent de petites parcelles de la valeur marchande, constituent un élément qui se déploiera dans toute sa consistance si, et seulement si, il est mis en relation avec d’autres dynamiques de ce type.

IL S’AGÎT DONC DE S’ORGANISER.
Ce que quelques années de vie sur la Zad permettent de mettre en lumière, c’est l’avancée substantielle d’un mouvement qui associe résistance effective, développement des expérimentations sociales et matérielles ainsi que mise en relation des différentes tentatives et sensibilités. Perruquer seul, s’absenter seule, chourave seul c’est un petit pas de côté. Le faire à plusieurs et réfléchir à comment articuler nos gestes respectifs c’est déjà une nouvelle sente qui se dessine. Se poster en plus face à la goudronneuse c’est tenter de permettre aux multiples sentiers de devenir réseaux de chemins. De geste en geste, d’étape en étape, mettre en place des conditions de plus en plus propices à rendre la sécession efficiente tout en construisant concomitamment notre capacité à assumer la confrontation. Car il n’est pas question de rendre habitable un monde qui nous aliène en créant de petits espaces de respiration. Lutte ET Sécession, voilà le diptyque essentiel d’une praxis révolutionnaire consistante.

Que ce texte ne soit pas seulement un discours, qu’il soit suivi d’actes.